Chaudhvin Ka Chand

Traduction : La pleine lune

Année1960
LangueHindi
GenreClassique
RéalisateurM. Sadiq
Dir. PhotoNariman A. Irani
ScénaristeSaghir Usmani
ActeursWaheeda Rehman, Farida Jalal, Rehman, Guru Dutt, Johnny Walker
Dir. MusicalRavi
ParolierShakeel Badayuni
ChanteursLata Mangeshkar, Asha Bhosle, Mohammad Rafi, Shamshad Begum, Johnny Walker, Geeta Dutt
ChorégrapheSohanlal
ProducteurGuru Dutt
Durée169 mn

Bande originale

Baalam Se Milan Hoga, Sharmaane
Badle Badle Mere Sarkar Nazar
Bedardi Mere Saiyya Shabanam
Chaudhvin Ka Chand Ho Yaa Aftaab
Kabhi Raaje Mohabbat Chhup
Mera Yaar Bana Dulha Aur Phool
Paanch Chavani Ka Sawaal Hain
Sharma Ke Yeh Kyun Sab Pardanashin
Yeh Lucknau Ki Sarzameen, Yeh
Zindagi Ki Haseen Raahon Mein… Mili

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La critique de Fantastikindia

Par Maya - le 15 janvier 2009

Note :
(7.5/10)

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Le jeune Nawab (prince local) entrevoit sous la Burqa un joli visage et en tombe éperdument amoureux. Mais, léger contretemps, sa mère veut le marier rapidement à la fille de son mufti car celui-ci doit partir à la Mecque accomplir le pèlerinage à la place de la dame : juste échange de services, celle-ci se charge de marier sa fille qui ne pourrait certes pas rester sous la seule garde de sa propre mère, pensez donc.
Qu’à cela ne tienne, le Nawab (Rehman) demande à son ami d’enfance, Aslam (Guru Dutt), d’épouser la jeune fille à sa place. Et zou, mariage. On admire rapidement l’abnégation d’Aslam, jusqu’à ce qu’il découvre le visage de sa jeune épouse Jamila, et là c’est plutôt Waheeda Rehman qu’on admire (quel veinard !).

Aslam tombe très amoureux de sa jeune femme, la comparant au clair de lune du 14ème jour (Chaudhvin Ka Chand), qui semble avoir une beauté incomparable, dans une chanson qui ne l’est pas moins.

Parallèlement, le Nawab cherche toujours sa belle, flanqué de son ami Mirza (Johnny Walker, dans son éternel rôle de pitre). Il croit la trouver, le mariage est décidé, quand Aslam se rend compte qu’en fait le visage qui hante son ami n’est autre que celui de sa propre épouse (et voilà, il n’avait qu’à obéir à sa maman, le Nawab !).

Que faire, que faire ? Tout dire à sa femme et à son ami ? Que nenni, ce serait trop simple… Tout faire pour tuer son couple, acculer sa femme au désespoir pour qu’elle retourne chez sa mère et soit de nouveau disponible pour le Nawab ? Rhooo mais quelle idée brillante ! (appelez-moi le scénariste).

Bienvenue dans un monde où la poésie transcende l’esclavage des femmes, considérées comme des objets qu’on s’échange, qu’on acquiert et dont on se débarrasse sans bien sûr leur demander leur avis. Des objets auxquels la beauté donne un prix, une femme étant alors considérée comme un joyau précieux qu’il faut soustraire aux regards. Des esclaves dont le but unique est de servir leur époux, quelle que soit la conduite ou l’inconduite de celui-ci.

Cela dit, dans Chaudhvin Ka Chand, les hommes aussi sont des esclaves. Esclaves de leurs désirs, de leurs fantasmes, de leur obéissance à l’autorité et à la fatalité. Les trois hommes de l’histoire sont aussi pitoyables les uns que les autres dans leurs recherches insensées : le Nawab et sa quête de l’inconnue, pur fantasme dont il fait sa raison de vivre, Asman qui culpabilise et cherche par tous les moyens à rendre sa femme à son ami, comme un jouet emprunté par mégarde, et pour finir, Mirza dont le comportement est digne d’un gamin de dix ans, prêt à faire n’importe quoi pour être enfin pris pour un adulte.

Même si on n’adhère pas au fond de l’histoire ni à sa morale, il reste que Chaudhvin Ka Chand est un très beau film, du point de vue artistique. On sent bien la « patte » du producteur Guru Dutt, très proche du réalisateur, Mohammed Sadiq, qui a longtemps été son ami et scénariste. L’image est superbe, sobre, très graphique. Le réalisateur nous plonge dans une sorte de poème d’amour en images, dont les chansons sont les reflets. Certaines des mélodies sont enchanteresses, romantiques, mélancoliques à souhait (mention spéciale à Balam se Milan Hoga, la chanson de mariage, du côté féminin). D’autres sont plus gaies, parfois drôles comme la chanson des jeunes filles Sharma Ke Yeh Kyon et celle chantée par Mirza, Yeh Duniya Gol Hai.

Il faut également rendre hommage aux acteurs : Guru Dutt en homme fragile, profondément troublé, bloqué dans sa souffrance, sait rendre son personnage émouvant. Waheeda Rehman est sublime, le noir et blanc fait ressortir l’ossature fine de son visage, elle parvient à donner beaucoup de présence à Jamila, et même si elle a peu d’occasions de s’exprimer, ces quelques scènes sont déterminantes.
Au-delà de ce qui humainement peut nous heurter, le film est intéressant aussi du point de vue culturel : moins de quinze ans après l’indépendance de l’Inde, la partition, les affrontements et les exodes religieux, il est l’un des rares films hindis ouvertement situés dans un contexte musulman traditionnel, à Lucknow.

Chaudhvin Ka Chand a rencontré un immense succès à sa sortie, grâce à Waheeda Rehman qui illumine le film, et à la musique de Ravi qui est restée un must, notamment la chanson-titre, interprétée par Mohammed Rafi, tournée en couleurs alors que le reste du film est en noir & blanc.

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