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CANNES 2017 : présentation et promotion de nouveautés indiennes au PAVILLON INDIEN

Publié vendredi 6 octobre 2017
Dernière modification jeudi 1er mars 2018
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Par Brigitte Leloire Kérackian

Rubrique Festivals
◀ Festival de Cannes

Le Pavillon indien au Festival de Cannes 2017 a été, cette année encore, un lieu de rencontres et d’échanges. Le soleil de la Côte d’Azur a agrémenté les journées très intenses car les agendas sont bien remplis, parsemés de projections, de rendez-vous institutionnels et informels.

Des mesures de sécurité extrêmement renforcées ont été mises en place pour entrer au Palais des Festivals mais aussi au Village international. Les badges, les sacs étaient systématiquement fouillés, les détecteurs de métaux utilisés à chaque passage. Les horribles attentats en France et en Grande Bretagne ont dû décourager certains festivaliers car la fréquentation était indéniablement en baisse. Tous les fouilles et contrôles retardaient les innombrables passages. La police montée, des groupes de militaires armés, et des gendarmes patrouillaient sur la Croisette et dans tout le centre de Cannes, du matin au soir. Les fusils Famas des policiers avec leurs chargeurs transparents montraient explicitement que les balles étaient engagées dans les chambres. Des chiens entraînés par les policiers spécialisés reniflaient les coffres des taxis circulant dans la zone. Ce dispositif d’exception était un bouclier instauré par les autorités parmi les autres mesures pour continuer à faire vivre cette manifestation au retentissement international.

L’insouciance n’était pas au rendez-vous, il faut bien l’avouer : l’agression armée sur les Champs-Élysées (le 20 avril, un terroriste armé attaque des policiers à la veille du 1er tour de l’élection présidentielle) a été suivie du tragique attentat de Manchester en plein milieu d’un festival (le 22 mai, un terroriste de l’État Islamique se fait exploser devant l’Arena, après un concert ; de nombreux enfants ont été tués - 23 morts et 116 blessés). L’ambiance générale était ainsi plus grave. Le photo call pour les 70 ans du Festival n’a d’ailleurs pas été suivi de la méga soirée glamour tant attendue à cause des événements de Manchester. Comment fêter un anniversaire quand des voisins sont endeuillés ?

Il y a eu des événements prestigieux autour de certaines grandes marques avec son cortège de photographes aux flashs flamboyants, de mannequins ou apprenties starlettes aux décolletés agressifs, ou des soirées select avec une liste d’invités confidentielle. Mais la légèreté était moins de mise que les années précédentes.

La météo a été très favorable cependant pour des soirées en bord de mer. Cannes a donc été plus « sage » cette année.

Le Pavillon indien a eu un agenda intense et nombre d’intervenants ont fait des conférences très suivies :

Le 20 mai 2017, les producteurs du film The Black Prince, avec le chanteur sufi Satinder Sartaaj dans le rôle principal, ont introduit le lancement de la bande-annonce du film.

The Black Prince est l’histoire du Maharajah Duleep Singh, roi du Pendjab, et de sa relation avec la Reine Victoria, puis de son combat pour réclamer son trône pendant l’occupation britannique de l’Inde. Le metteur en scène de Hollywood, Kavi Raz (acteur et réalisateur) nous fait découvrir en Inde et en Grande Bretagne comment le Maharajah Duleep Singh monte sur le trône à 5 ans mais, par trahison, est dépossédé de son titre pour enfin être envoyé à Londres à l’âge de 15 ans. Séparé très tôt de sa mère et de sa culture, il vit proche de la Reine Victoria et se convertit au christianisme. Il retrouve néanmoins sa mère 13 ans plus tard. Partagé entre les 2 cultures, il tentera de reprendre son destin en main pour revenir à sa religion, le Sikhisme, et reconquérir son royaume, en vain. On suit le parcours d’un homme déchiré entre la culture anglaise et celle de ses ancêtres.


Le casting réunit le chanteur - poète Satinder Sartaaj, aux côtés de l’acteur Jason Flemyng (Lock, Stock and Two Smoking Barrels, Snatch) en tant que Dr. Login, le père nourricier du Maharajah, et la célèbre Shabana Azmi (City of Joy) interprétant Rani Jindan, la mère du roi.


Le film sortira en hindi, anglais et punjabi le 21 juillet 2017 et risque de susciter des controverses car The Black Prince met en scène le don du fameux diamant Kohinoor (diamant blanc de 186 carats faisant partie des joyaux de la couronne britannique), prétendument fait à la Reine Victoria par le jeune Maharajah âgé de 13 ans, lors d’une cérémonie à Buckingham Palace en 1850.


Sonata, sorti en avril 2017, a été présenté par la réalisatrice Aparna Sen (célèbre actrice des années 70, qui a joué pour Satyajit Rai) lors d’une conférence dédiée sur le pavillon indien. Elle est connue pour le magnifique Mr and Mrs Iyer dont sa fille jouait le rôle principal. Originaire de Calcutta, Aparna Sen fait partie des réalisatrices engagées qui œuvrent pour un cinéma de qualité et profond.


Ce long-métrage raconte les doutes et difficultés de trois femmes célibataires : une professeure, une banquière et une journaliste ; interprétées respectivement par Aparna Sen, Shabana Azmi and Lillete Dubey. Cette dernière (la tante libérée de Kal Ho Na Ho ! Mais si, souvenez-vous !) était à Cannes pour cette conférence. Sonata réunit trois amies qui se confient sur les hommes qui ont traversé leurs vies, mais un retournement de situation intervient. Ce film urbain et cosmopolite tente de mettre en scène avec subtilité des vies de femmes mûres ! Après des années de revendications féministes, ces femmes libérées dans une société indienne étriquée font le bilan et prennent du recul sur les lendemains qui ne chantent plus aussi fort qu’au temps de leur jeunesse.



Manto est le titre du prochain film réalisé par Nandita Das avec Nawazzudin Siddiqui dans le rôle du poète ourdou Manto, de son vrai nom Saadat Hasan Manto. Cet auteur prolifique indo-pakistanais était connu pour ses histoires courtes, des écrits subversifs, et était attaché à montrer la crudité de la réalité de ses contemporains dans les années 40, 50. La partition du pays et ses conséquences terribles ont été au centre de ses œuvres. Rasika Dugal et Nawazzudin Siddiqui entouraient leur réalisatrice pour présenter une courte séquence du film. Le tournage a débuté en Février 2017 ; l’équipe a pris 10 jours spécialement pour venir à Cannes et démarrer la campagne de promotion. En présence des producteurs Jean-Pierre Le Calvez de HP Studios, Ajit Andhare de Viacom18 et également soutenue par des producteurs français, Nandita Das a fait nombre d’interventions qui ont attiré beaucoup de journalistes. Elle confie au Hollywood Reporter qu’elle a découvert les nouvelles de Manto à l’université et sa vérité ainsi que ses récits originaux l’ont fascinée. Ses histoires étaient si modernes qu’elle a voulu très vite faire un long-métrage sur sa vie. "Dire la vérité représentait la chose la plus importante dans sa vie. Ses écrits attestent de sa liberté d’expression et sa préoccupation des difficultés rencontrées par les femmes. Il était féministe. Toutes les questions et polémiques dont il parle restent d’actualité."


La fondation Om Puri, du nom de l’acteur Om Puri décédé le 6 janvier2017, est soutenue par Nawazzudin Siddiqui qui tient à ce que la mémoire de ce brillant artiste soit honorée.

La « Om Puri Foundation » a été dévoilée par l’épouse de l’acteur, le 24 mai, et a pour but de soutenir des étudiants du Film and Television Institute de Pune, et du National School of Drama de Delhi. Ces étudiants en art dramatique ou cinématographique seront encouragés pour que leurs travaux puissent être promus dans des festivals internationaux. Om Puri était aussi très sensible aux drames auxquels les fermiers indiens faisaient face, ainsi sa fondation allouera des ressources pour que des enfants de fermiers parachèvent leurs études et soutiennent leurs familles.


Dr Madhur Chopra, mère de l’actrice Priyanka Chopra, était à Cannes pour la création de Purple Pebble Pictures, société de production dont le but est de lancer des films régionaux originaux. Trois films régionaux sont pressentis pour attirer des financements internationaux et leurs scénarios inhabituels pourraient plaire aux sélectionneurs de festivals internationaux. Priyanka Chopra s’intéresse, en effet, depuis longtemps à la production et a choisi d’investir ses propres deniers dans les premiers films pour que son engagement atteste de sa confiance dans ces histoires originales et attirer de nouveaux capitaux.


Le Pavillon indien a donc été le lieu incontournable des présentations de projets en recherche d’une audience internationale. L’absence des films indiens au palmarès de la compétition officielle du Festival de Cannes reste un mystère bien verrouillé par les gardiens de la sélection du Festival et continue à alimenter les débats internes au sein de l’industrie. Il n’en reste pas moins que le Pavillon indien accueille la fine fleur des artistes et des créateurs ouverts aux marchés internationaux.

Indépendamment du Pavillon indien : La société de production « Thenandal Pictures » n’a pas lésiné pour la promotion du film tamoul Sangamithra à Cannes, le 18 mai, lors d’une soirée très glamour. Sangamithra montre un poster ambitieux avec une superbe amazone sortie des meilleures BD historico-fantastiques. Shruti Haasan, fille du célèbre acteur Kamal Haasan, jouera le rôle principal et sera entourée d’Arya et Jayam Ravi. A.R. Raman, qui a composé la musique, a attiré les journalistes sur cette affiche prestigieuse. Le film n’est pas encore tourné, mais le réalisateur Sundar C. chercherait à créer une histoire épique dont le retentissement sera pan-indien comme Baahubali, car aucun film tamoul n’a encore atteint une audience comparable. Le film doit être tourné en tamoul et télougou à partir du mois d’octobre. Les lieux de tournage pressentis sont le Madhya Pradesh et le Rajasthan (Jodhpur, Bikaner, etc). Sundar a ajouté, en interview, que les tournages en studio sont prévus à Ramojirao Studio à Hyderabad. La sortie du film n’est pas encore annoncée, mais les photos de la soirée de prestige ont déjà fait le tour des rédactions indiennes.




Propos recueillis et traduits de l’anglais par Brigitte Leloire Kérackian

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