Awaara

Traduction : Le vagabond

Année1951
LangueHindi
GenresDrame, Classique
RéalisateurRaj Kapoor
Dir. PhotoRadhu Karmarkar
ScénaristeK. A. Abbas
ActeursRaj Kapoor, Shashi Kapoor, Nargis, Prithviraj Kapoor
Dir. MusicalShankar-Jaikishan
ParoliersShailendra, Hasrat Jaipuri
ChanteursLata Mangeshkar, Mohammad Rafi, Shamshad Begum, Manna Dey, Mukesh
ChorégraphesKrishna Kumar, Surya Kumar, Madame Simkie
ProducteurRaj Kapoor
Durée170 mn

Bande originale

Aa Jaao Tadpate Hain Aarmaan
Aawara Hoon
Aawara Hoon, Aawara Hoon, Yaa
Dum Bhar Jo Udhar Mooh Phere
Ek Bewafaa Se Pyaar Kiya, Usse
Ek Do Teen, Aaja Mausam Hain
Ghar Aaya Mera Pardesi, Pyaas
Hum Tushse Mohabbat Karke Sanam
Jab Se Balam Ghar Aaye, Jiyara
Naiyaa Teri Mazdhar, Hoshiyaar
Pativrata Seeta Mai Ko Tune
Tere Bina Aag Yeh Chandani

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Maya - le 11 juin 2006

Note :
(10/10)

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Le film débute dans un tribunal : Raj (Raj Kapoor) est au banc des accusés pour avoir attenté à la vie du juge (Prithviraj Kapoor), il est défendu par Rita (Nargis), son amie d’enfance, et fille adoptive de ce même juge.
Une histoire de famille ? bien sûr, mais plus encore, une histoire de société, liée à la fois au destin et à une sorte d’expérience sociologique (sic !) tentée vingt ans plus tôt par un bandit : un fils de voleur deviendra-t-il forcément voleur ? Un fils de magistrat le sera-t-il à son tour ? Si on enlève au magistrat son fils à la naissance et le livre à la rue, l’enfant suivra-t-il la voie de son sang ou subira-t-il l’influence de la rue ? Un enfant pauvre et sans père a-t-il d’autres choix que celui de devenir voleur ?

Raj Kapoor n’a que 26 ans lorsqu’il produit, réalise et interprète Awaara (le vagabond), son troisième film, en 1951. Ce personnage « à la Chaplin » est terriblement attachant, sa bonne humeur, sa gentillesse et son innocence restent intactes, malgré ses activités illégales, le milieu qu’il côtoie et les difficultés rencontrées.

Voleur par nécessité plus que par ambition, il se résigne à son sort avec le sourire, jusqu’à ce qu’il retrouve Rita, qui représente toute la pureté de son enfance, lorsqu’il voulait faire de grandes études dont sa mère serait fière, avant que l’école ne le rejette.

Il cache bien sûr à Rita sa condition avec de constantes pirouettes, beaucoup d’humour et un charme certain, cependant il se sent indigne d’elle, il voudrait revenir sur le droit chemin. Il avoue enfin sa profession à sa mère, pleure dans ses bras « mai accha banaunga » (je deviendrai -un homme- bien). Mais est-ce encore possible ?

Le film alterne des périodes douces-amères, que reflète bien la chanson Awaara hoon, où le héros rit de son existence précaire, des passages romantiques entre Raj et Rita, illustrés par des mélodies toutes aussi belles les unes que les autres, et des moments de doute et de désespoir, superbement portés par des chansons d’une tristesse poignante, comme Hum Tujhse Mohabbat : on dit que le chanteur Mukesh a condensé toute une vie de chagrin dans ces trois minutes.

Raj Kapoor a apporté un soin particulier à la mise en scène et à l’intégration des passages musicaux, l’un d’eux , Ek do tin a été considérée comme une prouesse technique à l’époque car la musique de la chanson se mélange avec les rires des clients du bar.
Une des scènes clés du film, Ghar aaya mera pardesi est allégorique : Raj rêve, il se voit prisonnier de démons effrayants, mais le paradis est à portée de main, Rita l’y attend, elle l’aide à la rejoindre alors que le brouillard les entoure , mais tout s’effondre, il est seul, impuissant.

Cette scène pourrait être ridicule car les décors et les effets spéciaux ont sérieusement vieilli, mais on reste surtout frappé par la force de la symbolique, par la beauté classique de la mise en scène, composant de véritables tableaux autour des acteurs. La chanson aurait pris trois mois pour être tournée, mais cela en valait la peine.

Filmé entièrement dans les « RK Studios »flambant neufs, Awaara est très loin du réalisme de Mother India, mais il n’en est pas moins efficace. Ici la misère est juste esquissée, mais Raj Kapoor s’en prend avec vigueur aux idées reçues et aux injustices sociales qui manipulent et condamnent des êtres humains sans même y prêter attention. Les décors sont superbes, et le travail de l’image en noir et blanc extrêmement maîtrisé, nous offrant des images superbes, comparables à Citizen Kane d’Orson Welles.

Si le sujet de la filiation est au centre de ce film, il fait aussi partie du casting : le père est joué par le propre père de Raj Kapoor, et son personnage enfant est joué par son petit frère Shashi Kapoor. Nargis représente l’éternel féminin, salvateur, miséricordieux, constant, confiant, qui élève l’homme dans tous les sens du terme.

Awaara a connu un grand succès, non seulement en Inde, mais il a été le premier film Bollywood a connaître un succès international, dans tout le monde oriental, de la Turquie à la Chine. Il fut doublé en turc, en perse, en arabe et en russe. Raj Kapoor et Nargis devinrent de vraies stars en Russie, ce qui explique peut-être le personnage d’artiste de cirque russe dans Mera Naam Joker ? Aujourd’hui encore, on trouve sur Internet le DVD commenté en russe et en chinois…

Awaara est un grand classique de l’âge d’or du cinéma Bollywood, il a été présenté à Cannes en 2002, lors de la rétrospective « Raj Kapoor, prince de Bollywood », et a fait partie de la rétrospective « Vous avez dit Bollywood ! » du Centre Pompidou en 2004.


Tere Bina Aag Yeh Chandni

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