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Dernier Voyage du Juge Feng (Le)

Note :   (7.5/10)

Publié dimanche 9 décembre 2007, par Matban
Dernière modification lundi 10 février 2014
Article lu 1197 fois
4 commentaires

Dernièrement, les quelques films chinois sortis en salle, ont permis au spectateur de s’offrir une alternative à l’action made in HK ou à la valeur sûre, désormais, du cinéma coréen. Parmi eux, Le dernier voyage du juge Feng est le premier long métrage de Liu Jie, récompensé par le prix Horizons au festival de Venise en 2006.

Comme chaque année, le juge Feng (Li Baotian) s’apprête à sillonner les villages de la province du Yunnan. Il est chargé d’amener la justice dans les endroits les plus reculés grâce à son tribunal ambulant (qui se résume aux dossiers que transportent un cheval et au précieux insigne de l’Etat). Pour la dernière fois, il est accompagné par sa fidèle greffière tante Yang car celle-ci, sans formation juridique et considérée comme trop agée, est contrainte de partir à la retraite [*]. Le jeune et inexpérimenté Ah Luo (Lu Yulai), à peine sorti de l’école, les accompagne également. Il doit succéder au juge Feng dans sa tournée…

Ce tribunal ambulant, c’est donc d’abord ces trois personnalités fortes qui cohabitent. Le juge et sa secrétaire ont tout deux sacrifié leur vie de famille pour leur métier et, au fond, s’aiment sans qu’ils n’aient jamais osé se l’avouer ; Ah Luo renvoit Feng à ses débuts ; Tante Yang tente de guider Ah Luo… Et outre les jugements qu’ils doivent rendre en tentant de contenter tout le monde, ils vont devoir faire face à la disparition du cheval et de tout ce qu’il transportait, ou encore au mariage d’Ah Luo qui tourne court. Il ne s’agit donc pas seulement de relater l’itinéraire personnel de ce juge, comme c’est davantage le cas avec l’héroïne - dans les deux sens du terme ! - du Mariage de Tuya (se déroulant cette fois en Mongolie). Le cadre est plus large, cherchant à dégager une vue d’ensemble, à travers diverses situations, personnages et points de vue.

Tout comme dans Beijing bicycle de Wang Xiaoshuai (avec qui Liu Jie a jusque-là majoritairement travaillé), on peut discerner une dichotomie entre un pays moderne et une Chine plus rurale. Mais cette fois, c’est la ville qui se retrouve en filigrane. En effet, en mettant en scène un pays à cheval entre la modernité et une tradition qui survit tant bien que mal, Liu Jie se concentre avant tout sur les minorités. De ce point de vue, la région où a été tourné le film a son importance : le Yunnan (au sud) est la province la plus diversifiée de Chine, diversité que l’on retrouve au niveau linguistique. Après plusieurs voyages, c’est ici que Liu Jie décida de tourner ce film. Il faut souligner que ce dernier bénéficie d’une réelle authenticité. Quasiment tous les rôles sont tenus par des habitants issus de la population locale : il en résulte des personnages très attachants et à l’interprétation forcément juste. C’est donc une véritable plongée dans cette Chine rurale à laquelle nous avons droit ici. On pourrait d’ailleurs croire de prime abord à un documentaire. La première scène du film, où la caméra fait face à tante Yang lorsqu’elle apprend la perte de son emploi à court terme, semble terriblement réaliste. Mais ce souci du détail sert parfaitement le récit par la suite.

Les paysages, le plus souvent encore sauvages, sont magnifiquement rendus, avec notamment une lumière superbe. Difficile de rester indifférent à ces montagnes où le temps semble avoir ralenti. Comme pour le souligner, point d’accompagnement musical superflu : les trajets sur les routes de montagne, d’un village à l’autre, sont uniquement rythmés par un chant traditionnel, ou simplement par la cloche du cheval. Là encore, on est en immersion : cela en rebutera certains, et charmera les autres. On se surprend assez souvent à sourire (et même rire) devant les situations parfois cocasses auxquelles le personnage désabusé du juge Feng est confronté (avec une interprétation impeccable de Li Baotian). En effet, il semble difficile de satisfaire un villageois qui demande réparation, après qu’un cochon ait involontairement saccagé une tombe !

Le juge, suite à des années d’expérience, a su s’adapter afin de concilier subtilement lois et traditions. Ah Luo, au contraire, prône une application stricte des textes. L’opposition de ces deux personnages constitue le fil du thème développé. Il ne s’agit pas seulement de la confrontation de deux conceptions du métier de juge, mais aussi de la rencontre de deux générations. Elle pose la question de l’adaptation d’une justice en mutation ces dernières années. Une interrogation que l’on peut rapporter en réalité à l’échelle du pays tant les changements que sa croissance entraîne sont nombreux, et qui ne se pose pas uniquement dans le domaine judiciaire. Liu Jie y apporte un début de réponse. Ainsi, avec l’incident du mariage et la rupture de dialogue qui en résulte, la jeunesse semble selon lui prête à moins de renoncement et de concessions que leurs aînés… L’attrait occidental (représenté par la télé apporté par le juge) risque de prendre le pas sur l’habit traditionnel. Certains seront forcément mis de coté ou ne pourront s’adapter à cette « modernité ».

Voilà donc une sorte de conte, dépaysant et poétique. Sans occulter l’histoire qu’il met en scène, il illustre d’une trés belle manière le message qu’il cherche à faire passer. Dans tous les cas, que l’on ait mis les pieds au Yunnan un jour ou non, on peut ressentir une certaine mélancolie à la vision de ce film. Ainsi que, et c’est sa grande force, un attachement à cette région et à ses habitants. Une bonne raison d’attendre un deuxième film de ce réalisateur pour ma part…

[*Tout citoyen de plus de 23 ans pouvait être juge, jusqu’à l’instauration d’une loi en 1995. Le candidat à ce poste doit maintenant répondre à certaines conditions (diplômes, expérience professionnelle…), à nouveau renforcées en 2001

[*Tout citoyen de plus de 23 ans pouvait être juge, jusqu’à l’instauration d’une loi en 1995. Le candidat à ce poste doit maintenant répondre à certaines conditions (diplômes, expérience professionnelle…), à nouveau renforcées en 2001

[*Tout citoyen de plus de 23 ans pouvait être juge, jusqu’à l’instauration d’une loi en 1995. Le candidat à ce poste doit maintenant répondre à certaines conditions (diplômes, expérience professionnelle…), à nouveau renforcées en 2001

Titre original : Mabei shang de fating
Titre international : Courthouse on the Horseback
Année : 2006
Pays : Chine
Réalisation : Liu Jie
Acteurs : Li Baotian, Lu Yulai, Yang Yaning
Scénario : Wang Lifu
Production : Liu Jie, Hsu Hsiao-ming
Durée : 101 min
Support : cinéma, sous-titres français



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