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Mughal-E-Azam

Publié mardi 3 septembre 2013, par Ganesh
Dernière modification dimanche 24 novembre 2013
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3 commentaires

Le jeune prince Salim (le futur empereur Jahangir, joué par Dilip Kumar) héritier du trône et fils de l’empereur Akbar (Prithviraj Kapoor), rentre glorieux d’une série de campagnes après 14 ans d’absence. Il s’éprend d’une jeune danseuse esclave, Anarkali (Madhubala). Akbar refuse cette mésalliance qui met en péril le futur de l’empire.

Après avoir réalisé son premier film, Phool en 1944, Kamuddin Asif décide de transposer sur grand écran l’un des contes les plus populaires de l’Inde : la légendaire histoire d’amour entre le prince Salim et la courtisane Anarkali, qui à l’instar de Devdas a été adapté un nombre incalculable de fois au cinéma (et dans toutes les langues indiennes). L’adaptation d’Asif est la plus célèbre et la plus réussie. C’est une œuvre fascinante dont l’impact n’a pas été altéré par les ans et qui a inspiré bon nombre de réalisateurs (Bhansali, Amrohi entre autres). Les projections à la télévision attirent encore des millions de spectateurs, les dialogues et les chansons sont connus par cœur, même quatre décennies après la sortie du film.

L’histoire de la production du film est elle-même devenue légendaire : deux ans de préparation, huit ans de tournage, changement d’acteur pour cause de décès et budget record pour l’époque : avec ses 20 millions de roupies et en tenant compte de l’inflation, le film peut être considéré comme la plus grosse production indienne de tous les temps.
Si par l’ampleur du projet, Mughal-E-Azam personnifie à merveille le cinéma à grand spectacle de Bollywood, c’est avant tout un magnifique travail d’orfèvre de Kamuddin Asif qui arrive à faire d’un péplum un passionnant mélodrame intimiste sur l’Amour et le pouvoir.

La romance entre le prince et la courtisane est principalement constituée de regards subrepticement échangés, de dialogues à double sens et de frôlements équivoques. La mise en scène, classique mais efficace, bénéficie de la science du cadre du réalisateur, qui utilise merveilleusement le plan rapproché pour en tirer des images d’une grâce extrême. Chaque caresse, chaque contact, chaque souffle respirent la sensualité. L’une des scènes les plus discutées, pour son aspect érotisant, est celle où Dilip Kumar caresse passionnément le visage de Madhubala avec une longue plume blanche tandis que celle-ci soupire d’extase. Quand nos deux tourtereaux se retrouvent derrière l’écran de la plume, le baiser suggéré n’échappe à personne. Magique !

Modèle de narration (on sent le drame se nouer inexorablement) et visuellement splendide (le soin apporté aux décors et aux costumes est tout à fait stupéfiant), Mughal-E-Azam doit bien sûr beaucoup à ses acteurs et en particulier à Prithviraj Kapoor et Madhubala, totalement habités par leurs personnages. Bien que l’histoire d’amour soit l’épine dorsale du film, le script met aussi en avant le dilemme d’Akbar, déchiré entre l’amour pour son unique fils et son devoir d’Empereur des Indes. L’acteur Prithviraj (papa de Raj Kapoor), avec son interprétation théâtrale (ce n’est pas une critique) et sa puissante voix, délivre ses dialogues avec la gravité que demande son rôle et parvient à déclencher la compassion des spectateurs. Et Madhubala, ah la la la la (soupir !), elle ILLUMINE ce film de bout en bout. Tantôt soumise, tantôt rebelle, tantôt frêle, tantôt coquette, elle nous hypnotise. On a l’impression que tous les mots définissant la beauté féminine se retrouvent en elle. Une immense actrice qui fut injustement sous-estimée et qui prouve ici qu’elle peut apporter de la profondeur à ses personnages quand on lui en donne l’occasion.

La vue et l’ouie sont elles aussi flattées. Les intermèdes musicaux qui ponctuent l’action, enthousiasment par leur profusion, par la poésie qu’ils dégagent et leurs chorégraphies élaborées. La musique composée par Naushad est l’une des plus belle que j’aie pu entendre. Elle souligne chaque scène, chaque moment de l’histoire et leur donne un ton particulier. Les merveilleuses paroles de Shakeel Badayuni permettent aux protagonistes d’exprimer leur état d’esprit en chantant et ainsi d’entraîner l’action dramatique vers son crescendo. Crescendo qui sera atteint dans la scène de danse la plus spectaculaire du film, celle de la chanson : Jab pyar kiya to darna kya. En effet dans ce film en noir et blanc, les deux séquences clefs sont tournées en couleurs : deux scènes de danse magnifiques dans les décors somptueux du Palais du Miroir d’Akbar (le Sheesh Mahal) soigneusement recréé pour le film, donnant ainsi une dimension irréelle et surréaliste, à l’image de Madhubala dont le corps tournoyant se reflète dans un kaléidoscope de mouvements partout sur les murs, le toit et le sol du palais.

Indépendamment de son script, Mughal-E-Azam est également remarquable pour la façon dont est traitée la religion. Akbar est connu pour avoir été le plus tolérant des empereurs musulmans d’Inde. Son épouse Jodha était une hindoue qui a continué à pratiquer sa religion même après son mariage. Le chef des forces armées, Maan Singh, était également un hindou. En s’appuyant de façon désinvolte et discrète sur ces exemples d’harmonie religieuse, le cinéaste parvient à nous faire passer son message de tolérance de façon bien plus efficace. Un message particulièrement bienvenu aujourd’hui, dans un sous-continent perturbé par la rivalité entre ses différentes communautés.

Un film parfait ? Presque, il y a quelques détails gênants toutefois. Dans son souci de montrer en Akbar un roi compatissant, le cinéaste a modifié la fin du conte : l’issue du film est donc décalée par rapport aux scènes précédentes. L’autre point faible de Mughal-E-Azam réside dans l’interprétation de Dilip Kumar, un peu perdu dans le rôle du prince Salim et qui a bien du mal à extérioriser son amour pour Anarkali. Mais bon, on ne va pas faire la fine bouche, ces menus détails n’enlèvent rien aux qualités du film.
Film somptueux à la réalisation impeccable et aux reconstitutions grandioses, imité de nombreuses fois mais jamais égalé, Mughal-E-Azam est un monument, que dis-je, une œuvre mythique du cinéma indien qu’il est indispensable de posséder. Le DVD remasterisé d’Eros sorti début 2005 permet de découvrir le film en couleur ! Saluons le travail des techniciens qui ont réussi à reconstituer la vision exubérante de Kamuddin Asif. L’ajout de la couleur a été effectuée avec un extrême soin esthétique. Le film reste un vrai bonheur, que ce soit en noir et blanc ou en couleur !

FICHE TECHNIQUE
Réalisateur : Kamuddin Asif
Pays : Inde (hindi, ourdou)
Année : 1960
Interprètes : Madhubala, Dilip Kumar, Prithviraj Kapoor, Durga Khote, Nigar Sultana
Scénaristes : K. Asif, Aman
Dialoguistes : Aman, Kamal Amrohi, Ehsan Rizvi, Vajahat Mirza
Directeur de la photographie : R.D. Mathur
Compositeur : Naushad
Parolier : Shakeel Badayuni
Chorégraphe : M.K. Syed
Producteur : Kamuddin Asif
Durée : 174 min
Support : DVD Eros, version couleur, NTSC toutes zones, sous-titres anglais, français



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