[LIV] Lectures pour la rentrée   fantastikindia
FANTASTIKINDIA NEWS BOLLYWOOD KOLLYWOOD BIOGRAPHIES MUSIQUE DOSSIERS TESTS DVD LES TOPS   FORUM
Menu Fanta
Derniers dossiers
Un article au hasard
Live Alerts : recevez les news de Fantastikindia en live dans MSN Messenger ! Widget Fantastikindia pour Google
Widget Fantastikindia pour Netvibes Abonnez-vous au flux RSS des news de Fantastikindia
Articles et reviews » Bollywood
Pyaasa

Note :   (9/10)

Publié lundi 24 septembre 2012, par Eulika, Suraj 974
Dernière modification jeudi 26 juin 2014
Article lu 1855 fois
2 commentaires

Pyaasa est le premier film sérieux de Guru Dutt. Il a auparavant notamment réalisé de très bonnes comédies (Mr & Mrs ’55). Si le thème de la création artistique a toujours été plus ou moins présent dans ses films, il est pleinement développé dans Pyaasa et en est le sujet phare. Considéré comme l’œuvre majeure de Guru Dutt, Pyaasa a légitimement laissé son empreinte dans le cinéma populaire indien. Le film est inspiré d’un roman de Sarat Chandra, « Srikanta ».

Vijay (Guru Dutt) est un étudiant diplômé qui essaie de vivre de ses poésies. Bientôt licencié, ses frères ne lui apportent aucun soutient et ne manquent pas de lui rappeler qu’il ne gagne pas le pain qu’il mange. Incompris alors qu’il est convaincu de son propre talent, il quitte la maison familiale. Chômeur, Vijay est dès lors sans domicile. Dans sa déchéance, il rencontre Gulab (Waheeda Rehman), une jeune prostituée qui récite ses poèmes pour attirer ses clients. Elle le rejette, puis part à sa recherche quand elle s’aperçoit qu’il est l’auteur des chansons qu’elle chante. Vijay s’enfonce dans la misère, jusqu’à ce que par un concours de circonstance on le croit mort. Ses poèmes sont alors publiés et son talent reconnu à titre ‘posthume’. Lorsqu’il réapparaît, il est à la croisée des chemins : la reconnaissance qu’il a tant souhaitée s’offre à lui, mais les épreuves qu’il a parcouru ont troublé sa vision du monde, ainsi que la nature de ses priorités.

A travers ce personnage de poète maudit, Guru Dutt développe plusieurs sous thèmes liés à la quête de reconnaissance d’un artiste. C’est aussi un film symboliquement ancré dans la réalité de l’Inde de l’époque, car au travers du quotidien miséreux que connaît Vijay, Guru Dutt décrit aussi les bas fonds des grandes villes, de manière très sombre et avec un réalisme par fois cru. Le constat que fait Vijay sur la misère des quartiers pauvres est à ce sujet sans équivoque. Vihay l’exprime avec défaitisme et résignation dans ses poèmes. C’est à l’image de l’Inde indépendante, qui comme Vijay connaît des désillusions et un réveil difficile après l’euphorie de l’indépendance Il est conscient du quotidien sordide et du sort peu enviable des gens de ces quartiers. Cela ne fait qu’augmenter sa tristesse, et nourrit ses poèmes.

Pyaasa (L’assoiffé), traite également de la difficulté d’autant plus grande pour un homme talentueux mais pauvre de faire valoir son talent. Malgré ses efforts pour faire publier ses poèmes, et vivre de son art, Vijay est sans cesse rejeté. Seuls les gens simples qu’il côtoie sur les trottoirs reconnaissent sa poésie et n’hésitent pas à chanter ses chansons. Mais Vijay voudrait être reconnu par les connaisseurs et les lettrés, qui lui préfèrent systématiquement des poètes académiques et sans talent, mais déjà reconnus comme valeurs sûres. A croire que la reconnaissance s’obtient d’abord selon son milieu social et non par le talent. Il se laisse sombrer peu à peu dans la misère, perdant sa confiance en lui qui lui donnait la force d’aspirer à des lendemains meilleurs.

JPEG - 6.3 ko
Vijay sombre dans l’alcoolisme

Dans sa soif de gloire littéraire Vijay s’aperçoit que seuls les poètes morts sont reconnus et adorés, alors que ceux qui triment de leur vivant sont méprisés, à moins d’appartenir à un milieu aisé. La parution de ses poèmes lui confère une renommée quasi légendaire, alors que de son vivant il a été humilié et ignoré. Il exprime tout cela dans la chanson « Yeh duniya agar mil bhi jaye to kya hai », où il dénonce un monde matérialiste et corrompu, prenant une pose christique…. Une lumière intense dans son dos, en position de croix, telle la crucifixion. C’est indubitablement LA chanson de Pyaasa, celle où le désenchantement de Vijay est exprimé de la manière la plus belle et la plus poignante, ainsi que son renoncement d’appartenir à un monde qui ne lui convient pas.

Vijay, avec toute la tristesse et le malheur qu’il porte en dépit de la bonté qui émane de lui (il traite le pauvre et le riche avec les mêmes égards), est incontestablement une figure christique. Tout le film est marqué par des symboles de ce type : on trouve en effet des références à Adam et Eve, et par deux fois dans des scènes chantées Vijay adopte une posture en croix rappelant la crucifixion.

"Why revel in a shallow world that ignores human beings and idolizes the dead ?"
« Qu’est-ce qu’un homme peut gagner à avoir le monde à ses pieds en perdant son âme ?
 » **

Dans sa misère, le poète rencontre une jeune prostituée, Gulab, en qui il trouve le respect et la compréhension qui lui manquaient. Elle non plus ne s’est jamais sentie respectée et comprise avant sa rencontre avec Vijay. Qui mieux qu’elle aurait pu comprendre sa souffrance ? Qui mieux qu’elle sait que le respect ne s’achète pas ? Enfin, qui mieux qu’elle en connaît la valeur ? Leur rencontre est magique. Waheeda a un charme incroyable… Sa manière d’attirer Vijay chez elle sur une musique qui colle à ses pas ne laisse pas indifférent. Elle longe les murs, l’envoûtant de ses regards espiègles. Tous deux ont trouvé leur bonheur, cette soif assouvie non pas par l’acquisition d’une reconnaissance salie par l’appât du gain, mais par la découverte de quelque chose de plus précieux, d’impalpable : être accepté et compris par l’être aimé, ne plus rien à avoir à prouver.

Pyaasa est aussi un film sur les femmes, et sur l’amour. A ce sujet l’opposition entre Gulab et Meena est flagrante. Alors que la première aime d’un amour généreux et est prête à sacrifier le peu de richesses matérielles qu’elle a pour que ce même monde bénéficie de l’œuvre de Vijay, l’autre n’hésite pas à sacrifier l’amour inconditionnel qu’il lui portait pour une sécurité matérielle. L’amour de Gulab pour Vijay est incroyablement pur.

Guru Dutt réalise de superbes illustrations des scènes chantées, qui, étant des compositions du poète Vijay, reflètent ses états d’âme. Leur intégration est d’ailleurs surprenante ; elles commencent souvent par un murmure, un prolongement du dialogue. A chaque apparition de Meena, la femme que Vijay a autrefois aimée, on entend une même mélodie, représentant sans doute l’amour que Vijay a perdu. On salue l’inoubliable performance de Johnny Walker (Abdul Sattar, le masseur ami de Vijay), qui embrasse son rôle de comique à merveille. Il interprète sa mémorable chanson, « Sar jo tera Chakraaye » d’une façon tellement hilarante qu’elle n’a pas manqué de faire rire toute la salle, 47 ans après ! Il faut dire que les passages répétés de la voix nasillarde de son personnage à celle de Mohammed Rafi produisent un effet imparable ! La salle s’esclaffait d’ailleurs à la seule vue de ses mimiques, sans parler de sa démarche.

Mention spéciale égalemment pour la sublime chanson « Aaj sajan mohe ang lagalo » qui est un kiratan, une chanson dévotionnelle du Bengale qui parle d’attente et de désir. La chanson en elle-même est déjà très belle, et elle est filmée dans une scène d’une intensité bouleversante. Gulab suit Vijay jusqu’à une terrasse, hésite tout le long de la chanson à l’aborder, et repart finalement en courant avec la fin de la musique. C’est la chanson où l’amour de Gulab pour Vijay s’exprime de la manière la plus flagrante. A la fin du film, elle est reprise en version instrumentale, marquant leur union dans cette vie.

Toutes les chansons sont des pépites, bénéficiant de paroles magnifiques et d’une musique du même niveau ; elles sont à se repasser en boucle, et restent gravées dans notre mémoire longtemps après être sorti de la salle.

A l’origine, Guru Dutt avait prévu pour ce film le trio Dilip Kumar - Nargis - Madhubala. Mais la ressemblance frappante entre le combat de Vijay et celui de Guru Dutt nous console du trio originellement prévu. En effet, si le thème de la création est si présent dans son œuvre c’est que Guru Dutt lui-même a beaucoup lutté pour imposer ses films, et s’exprimer avec un maximum de liberté dans le système commercial indien. Ainsi après le succès de Pyaasa, Guru Dutt décida de se lancer dans un projet plus ambitieux, Kaagaz Ke Phool, où il traite aussi de la création artistique, mais appliquée à un cinéaste. Ces deux films qui traitent de thèmes analogues, mais développés dans des directions différentes, ne peuvent être dissociés, ne fut ce que pour leur dimension tragiquement prophétique pour leur réalisateur. Ce n’est en effet qu’à sa mort que Guru Dutt et son œuvre (à commencer par Kaagaz Ke Phool) furent appréciés à leur juste valeur.

Fiche technique :
Réalisateur et producteur : Guru Dutt
Pays : Inde
Année : 1957
Durée : 153 min
Dialogue : Abrar Alvi
Paroles : Sahir Ludhianvi
Compositeur : S.D. Burman
Playback : Hemant Kumar, Geeta Gutt, Mohammed Rafi
Acteurs : Guru Dutt (Vijay), Waheeda Rehman (Gulab), Mala Sinha (Meena), Leela Mishra, Kumkum (l’amie de Gulab), Johnny Walker (Abdul Sattar, le masseur), Mehmood, Rehman



Films avec Waheeda Rehman

Films avec Rehman

Films avec Guru Dutt

Films avec Mala Sinha

Films de Guru Dutt

Autres drame

Autres classique

Bandes originales composées
par S.D. Burman

Autres films sortis en 1957

Galerie de photos :

© 2007-2013 fantastikindia