Qayamat Se Qayamat Tak

Traduction : Du désastre au désastre

Année1988
LangueHindi
GenresMélodrame / Romance, Classique
RéalisateurMansoor Khan
Dir. PhotoKiran Deohans
ScénaristeNasir Hussain
ActeursAamir Khan, Juhi Chawla, Alok Nath, Goga Kapoor, Dalip Tahil
Dir. MusicalAnand-Milind
ParolierMajrooh Sultanpuri
ChanteursUdit Narayan, Alka Yagnik
ChorégrapheSuresh Bhatt
ProducteurNasir Hussain
Durée159 mn

Bande originale

Akele Hain To Kya Gum Hai
Ae Mere Humsafar [Qayamat Se Qayamat Tak]
Gazab Ka Hai Din
Kahe Sataye
Papa Kehte Hain
Papa Kehte Hain (Sad)

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La critique de Fantastikindia

Par Suraj 974 - le 14 mars 2005

Note :
(8.5/10)

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Durant les années 70 les histoires d’amour impossible étaient très populaires, le genre a connu de grands succès commerciaux et bon nombre de chefs d’œuvre. Les années 80 et 90 en revanche ont vu l’avènement d’un cinéma indépendant très dynamique, porté par des réalisateurs de talent comme Shekhar Kapur (Bandit Queen) et des actrices comme Smita Patil et Shabana Azmi. Sorti à la fin des années 80, Qayamat Se Qayamat Tak est comme un croisement entre ces deux courants qu’il aurait parfaitement assimilés. Il s’inscrit dans la lignée des histoires d’amour impossible traditionnelles inspirées de Bobby de Raj Kapoor, mais subit l’influence manifeste d’un cinéma plus exigeant.

Si l’histoire s’inspire fortement de Roméo et Juliette, c’est la façon différente dont elle est traitée qui captive. Le scénario rappelle en effet beaucoup ce grand classique : le fils Raj (Aamir Khan) et la fille Rashmi (Juhi Chawla) de deux familles rivales du même village, tombent amoureux l’un de l’autre et se heurtent à la haine de leurs parents. Loin d’être une simple version massala de la pièce de Shakespeare, QSQT la transpose dans l’Inde de l’époque, avec tout ce que cela implique. Au delà de cette trame narrative simple mais brillamment exécutée, le film comporte un second niveau de lecture, il est le reflet de la société indienne au moment de sa sortie. Il existe donc un certain réalisme social dans cette romance.

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Le scénario en lui-même prend le temps de tisser sa toile, exposant soigneusement la haine existant entre les deux familles tout en montrant en parallèle l’amour qui grandit entre Raj et Rashmi, nous laissant présager avec effroi l’inévitable dénouement. Cet aspect, traité avec beaucoup de finesse et de sensibilité, met en avant les sentiments que peuvent ressentir des jeunes qui aiment pour la première fois et de toutes leurs forces. Il le fait avec une telle justesse qu’on ne peut que s’attendrir et s’attacher aux personnages, tout innocents et idéalistes comme l’étaient probablement vraiment les jeunes Indiens des années 80.
Il dépeint avec justesse les rapports entre parents et enfants. Des rapports d’abord respectueux, avec Raj qui adore son père et en fait un héros, mais qui ne tardent pas à évoluer lorsque leur amour se heurte à une haine qu’ils ne soupçonnaient pas et qui les dépasse : ils sont jugés coupables aux yeux de leurs familles respectives non pas tant de s’aimer, que de ne pas se haïr. Dès lors les personnages passent dans l’âge adulte et se prennent en main, perdant leurs illusions pour n’en garder qu’une, l’amour.

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Contre vents et marées

C’est à ce niveau que le film innove le plus : oubliez les amants qui se lamentent sur leur sort et chantent leur désespoir en attendant qu’apparaisse une solution miraculeuse… ici ils agissent, ils prennent le risque de désobéir et d’encourir la colère familiale pour partir vivre leur vie, ensemble, quoi qu’il puisse leur en coûter.
Une initiative courageuse, qui va à l’encontre des valeurs morales traditionnelles et qui est révélatrice des idées progressistes mises en avant dans QSQT. Ce sont aussi celles d’une Inde qui commence à se moderniser, à s’émanciper … et qui perd elle aussi une partie de ses illusions. Le pays de la non violence vient de connaître un des pires massacres de son histoire quelques années auparavant suite à l’opération Blue Star, et le déclin irrémédiable du bloc soviétique laisse présager l’abandon du socialisme d’état qui était de mise en Inde depuis l’indépendance. Le film est aussi d’une certaine façon la fin d’une époque, celle d’une Inde pas encore soumise à l’occidentalisation galopante actuelle, où les gens se promenaient encore en tenues traditionnelles dans les grandes villes, et non en jean-baskets.
Qayamat Se Qayamat Tak est aussi le portrait d’une femme volontaire, qui prend sa vie en main. Ce genre de personnages est fréquent dans les films indépendants (Bhumika), mais relativement rare dans les films grand public depuis Mother India et Jyoti. Signe révélateur, QSQT est probablement le seul film populaire de cette époque où vous verrez une héroïne draguer le garçon et non l’inverse !

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Raj et Rashmi vivent par leurs propres moyens

Cette oeuvre reflète une évolution de la société indienne au fil des générations, depuis le système féodal propre aux villages reculés d’où sont originaires les deux familles ennemies, jusqu’aux mœurs citadines et progressistes de leurs enfants. Pourtant il se veut plus amer, on ne peut pas vivre seulement d’amour…et dans l’affrontement entre la haine et l’amour, ce dernier ne l’emporte pas toujours.

Une grande partie de la réussite du film vient des acteurs principaux, Aamir Khan et Juhi Chawla. Il s’agissait d’ailleurs de leur premier film à tout les deux ce qui est surement pour beaucoup dans l’authenticité du film. Ils expriment à la perfection l’innocence, la naïveté juvénile et leur jeune âge au moment du film ne les rend que plus crédible. Il existe une alchimie entre les deux acteurs qui irradie l’écran. Ils forment un couple superbe qui resta dans les mémoires, qu’on essaya de reproduire plusieurs fois dans d’autres films sans jamais obtenir le charme et la magie qu’ils dégagent dans QSQT. Il n’y a pas de bon film sans un bon méchant : dans ce rôle Dalip Tahil qui joue le père de Aamir Khan est très convainquant lui aussi.

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La musique du duo de compositeurs Anand-Milind est un autre des points remarquables du film. De la chanson pop Papa Kehte Hai, délicieusement rétro-pop et toujours aussi dansante 20 ans après, à la superbe chanson romantique Yeh Mere Hum Safar Qayamat Se Qayamat Tak possède une bande originale superbe dont toutes les chansons sont devenues des classiques. Elle reste également célèbre pour avoir été le premier film de Udit Narayan, aujourd’hui un des plus grands chanteurs de Bollywood et depuis lors la voix officielle d’Aamir dans touts ses films. Sa voix sur Yeh Mere Hum Safar est inoubliable, et c’est probablement une des plus belles chansons romantiques de cette décennie.

Qayamat Se Qayamat Tak fait partie de ces films qui ont apporté un changement dans la façon de raconter les histoires d’amour et amorcé une évolution sans laquelle les grandes romances des années 90 n’auraient probablement jamais vu le jour. Imaginez le cinéma indien sans Dil, Dilwale Dulhaniya Le Jayenge ou Kuch Kuch Hota Hai !

On dit souvent des films indiens que ce sont tous des histoires d’amour impossible à la Roméo et Juliette Cependant si on devait conseiller un Roméo et Juliette indien indiscutablement réussi, ce serait Qayamat Se Qayamat Tak. Car ce film est une réussite totale, une référence en matière de romantisme. Une histoire fraîche et innovante, portée par une superbe musique et d’excellentes prestations d’acteurs.
Vous l’aurez compris, c’est un classique !

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