Road

Traduction : La Route

Année2002
LangueHindi
GenresFilm d’action, Road-movie
RéalisateurRajat Mukherjee
Dir. PhotoSudeep Chatterjee
ScénaristeRajnish Thakur
ActeursVivek Oberoi, Manoj Bajpai, Antara Mali, Rajpal Yadav, Vijay Raaz, Sayaji Shinde
Dir. MusicalAmar Mohile, Sandesh Shandilya
ParoliersAkhilesh Sharma, Makarand Deshpande, Jaideep Sahni, Nitin Raikwar
ChanteursGary Lawyer, Tannishtha, Sanjivani, Sonu Nigam, Sunidhi Chauhan, Vinod Rathod, KK, Mohit Chauhan
ChorégraphesSaroj Khan, Mahesh Mehboobani, Remo D’Souza, Manoor Sachdev
ProducteurRam Gopal Varma
Durée137 mn

Bande originale

Road Ke Har Mod Pe
Makhmali Yeh Badan
Raste Raste
Khullam Khulla Pyaar
Toofan Sa Zor Hai Hum Mein
Pehli Nazar Mein
Road Rage

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Fiche IMDB
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La critique de Fantastikindia

Par Suraj 974 - le 24 juillet 2003

Note :
(7/10)

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Le film relate le périple mouvementé de Lakshmi et Arvind qui sont contraints de quitter leur ville pour aller se marier à Delhi, car le père de Lakshmi, un gros bonnet de la Police, s’oppose à leur mariage. Pour cela, Lakshmi et Arvind doivent traverser le désert, et c’est là que tout se complique : ils tombent sur un auto-stoppeur qui va vite se révéler très embêtant. Ce film est l’œuvre de Ram Gopal Varma. Même si ce dernier ne réalise pas à proprement parler, sa patte est tellement présente que c’est tout comme, un peu comme dans un film de Johnny To par exemple. Le sujet choisi, typiquement américain, un road movie, en est la preuve, car Varma les affectionne particulièrement (voir sa filmographie). Road résulte d’un croisement improbable de films hollywoodiens, de Duel, de Spielberg, et Kalifornia notamment. Ce film présente une autre caractéristique des films de RGV, bien moins avantageuse celle-là, l’embarras vis-à-vis des chansons…

En effet, le reproche principal qu’on peut faire à une grande partie des films de Varma est que les chansons sont le plus souvent bâclées, et mises là juste pour faire de la présence et rajouter de la longueur. Road ne fait pas exception à la règle. On a vraiment l’impression que les chansons ont été conservées pour assurer des quotas. Elles ne sont pas très convaincantes et souvent mal insérées dans le cours du récit. À quelques exceptions près, on sent bien que le réalisateur a hâte de s’en débarrasser pour pouvoir gérer l’histoire à sa guise. Alors que les scènes de chant et de danse sont censées donner une certaine légèreté aux films, les alléger, ici elles produisent l’effet inverse. On a par exemple deux chansons dans le premier quart d’heure, puis plus rien pendant une heure et, soudain, deux autres qui tombent à l’improviste et hachent le récit alors qu’on était pris par l’histoire… Seules deux chansons présentent un peu d’intérêt, dont une des dernières un peu psychédélique. Il aurait été plus judicieux de faire preuve de courage et de carrément les supprimer, car elles encombrent l’histoire et gênent plus qu’autre chose.

Bien que très court pour un film Bollywood de base, Road n’en conserve pas moins aussi les défauts récurrents, c’est-à-dire quelques longueurs. Heureusement, celles-ci passent plutôt bien. Par exemple, le tout début du film qui est un peu pataud ne dérange pas outre mesure, car tout s’enchaîne bien.
Concernant sa construction, le film s’organise en deux parties. La première est centrée sur le couple Arvind-Lakshmi, Babu faisant peu à peu interférence. La seconde, par une opposition croisée, est centrée sur le nouveau couple Babu-Lakshmi, Arvind faisant tout son possible pour les rattraper.

La première partie du film est techniquement et dramatiquement vraiment très bonne, et entretient habilement un suspens permanent. Par contre, la seconde apparaît un peu plus difficile. En effet, le montage en parallèle de la cavale de Babu avec Laskshmi et de celle de Arvind qui les poursuit se révèle assez déséquilibré. Le choix assumé de mettre en avant le couple susnommé donne l’impression que Vivek (Arvind) est sous-exploité, puisqu’il n’apparaît au mieux qu’un quart d’heure durant la dernière heure et demie… Ce choix peut être gênant, car autant la proximité du couple et de Babu facilitait la mise en scène et maintenait une certaine angoisse dans la première partie, autant la distance posée entre le couple et Arvind a tendance à atténuer le suspens dans la seconde. De plus, la Police n’est pas montrée sous son meilleur jour.

Quoi qu’il en soit, le suspens est néanmoins assez bien maintenu. À la course poursuite entre le ravisseur Babu et Arvind se greffe une histoire interne passionnante sur les rapports de plus en plus intimes et ambigus entre Lakshmi et son ravisseur. L’interprétation réellement excellente laisse planer le doute quant aux intentions de Lakshmi et dévoile un Babu beaucoup plus humain qu’il n’y paraissait. Tout cela va même jusqu’à éclipser un temps la course poursuite initiale (et donc Arvind) et prolonger le suspens jusqu’à la fin.

Si la mise en scène pêche parfois par quelques longueurs, elle maintient habilement le suspens de bout en bout, exerçant une pression constante. Aux poussées d’angoisse et d’adrénaline font écho de petites touches d’humour pas du tout désagréables et qui, dans le contexte, n’en sont que plus oxygénantes. Des clins d’œil cinématographiques sont disséminés tout au long du film : un conducteur qui chantonne Dil Chahta Hai ou Babu qui se fait passer pour Sanjay Leela Bhansali auprès d’un pompiste naïf. Par ces clins d’œil à priori innocents, le réalisateur affirme sa différence vis-à-vis de l’industrie bollywoodienne. Le film lorgne en effet plus nettement du côté de Hollywood que de Bollywood. Le bâclage presque volontaire des chansons du début en est la manifestation la plus évidente.

L’interprétation des trois acteurs principaux est remarquable. Manoj Bajpai, en bandit qui se révèle peu à peu, est brillant et confirme tout le bien qu’on pensait de lui depuis Satya qui l’a révélé. Antara Mali, dont c’est l’un des tout premiers rôles (avec aussi Company), est très bonne dans un personnage de fille glamour et manipulatrice faussement classique. Elle donne réellement corps à son personnage et laisse subtilement planer le doute quant à ses intentions véritables au contact du bandit. C’est elle la véritable révélation de ce film. Vivek, très présent dans la première partie du film, un peu éclipsé dans la seconde, confirme toutefois les espoirs placés en lui dans Company et Saathiya. Le scénario est aussi des plus malins, tant du point de vue dramatique que du côté du suspens. Pour ce qui est des personnages, ils sont bien plus développés que dans la moyenne des films bolly et ont même une psychologie assez complexe, ce qui est assez rare pour être souligné.

En conclusion, en dépit de ses défauts chroniques et de ses chansons clairement expédiées, Road s’avère un thriller de grande qualité et d’une efficacité redoutable. Servi par un scénario étonnamment abouti bien qu’encore imparfait, tant pour l’histoire que pour ses personnages, il ne peut pas laisser indifférent par rapport au lot commun des films Bollywood. Malgré quelques petites incohérences et invraisemblances, on se laisse prendre par l’histoire de bout en bout. Un film à conseiller à tous ceux qui trouvent que les films Bollywood se ressemblent tous, car avec celui-ci, ils seront surpris.

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