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Articles et reviews » Bollywood
Yahaan

Note :   (8/10)

Publié dimanche 27 novembre 2005, par Maya
Dernière modification vendredi 22 août 2014
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Je ne suis pourtant pas fan des films en "khakee" ni des bons petits soldats, mais là je suis tombée sous le charme de Yahaan, un film à la fois sombre et lumineux, violent et romantique, qui vaut le détour. Le thème est classique : dans le Cachemire en guerre, un soldat fraîchement débarqué (Jimmy Shergill) et une jeune Kashmiri (Minissha Lamba) tombent amoureux l’un de l’autre, ce qui va évidemment leur attirer beaucoup d’ennuis… Mais au-delà de cette histoire, la tonalité donnée au film, aussi bien dans le fond que la forme, est une réussite plutôt originale.

L’intérêt de Yahaan (qui signifie "ici") vient notamment de son réalisme. Le Cachemire dans lequel se déroule l’histoire n’a rien de touristique, il y fait froid, il y pleut ; dans des teintes bleu-gris, le paysage est superbe mais désespéré. Les dédales de ruelles sont autant de coupe-gorge dans lesquels on frémit pour les personnages qui y fuient. On sent l’humidité dans le poste de garde, on sent le dénuement dans le refuge des indépendantistes, on sent la précarité des existences. La mise en scène reste sobre, même dans les scènes de combat : pas de bagarre exaltante à la Mission Kashmir, pas de beaux muscles scintillants de sueur… la tension dramatique est d’autant plus réelle, palpable. Le film a été tourné au Cachemire au cœur de la zone de guérilla, le réalisateur avait un double planning, l’un annoncé, l’autre secret, pour éviter que les terroristes sachent où les trouver, la tension n’est pas que cinématographique.

Yahaan surprend également car il ne prend pas parti pour un camps ou pour l’autre, ici pas de méchants d’un côté, de gentils de l’autre, mais une population prise en étau entre l’armée et les indépendantistes, souffrant au quotidien. Des gens impuissants devant ce gâchis qui dure depuis trop longtemps, qui a détruit leur paradis, qui leur prend leurs enfants. Le réalisateur a manifestement demandé à des villageois de jouer les figurants ; ces portraits sur lesquels la caméra s’arrête parfois un instant, sont saisissants.
Si le film se met clairement du côté de cette population, il s’efforce de présenter les soldats et les indépendantistes de la façon la plus impartiale possible, montrant surtout des hommes, avec leur part d’idéalisme, de brutalité, d’aveuglement…

Les personnages sont attachants, Aaman-Roméo et Adaa-Juliette sont parfaits, le film les réunit mais réussit à donner à chacun une vraie personnalité : Aaman (qui signifie "paix") en militaire pur et doux qui fait son devoir sans concession mais n’hésite pas à dénoncer son chef violent, Adaa (qui signifie "coquetterie, grâce") qui rêve d’être une jeune fille comme les autres, de porter des jeans, de s’amuser, mais qui veille sur trois jeunes enfants. Jimmy Shergill est excellent, il a une présence étonnante et la moustache lui va bien. Minissha Lamba - dont c’est le premier film - s’en sort bien ; le fait qu’elle soit inconnue du public ajoute à la crédibilité de son personnage, ses grands yeux cernés, son peu de maquillage la rendent très humaine, loin des standards Bollywood…

Les seconds rôles sont aussi intéressants : l’indépendantiste Shakeel (Yashpal Sharma, vu dans Lagaan, Kisna, D…), jeune idéaliste devenu terroriste ; la grand-mère d’Adaa, femme imposante, le père d’Adaa au regard inoubliable, et sa petite sœur adoptive, muette, particulièrement expressive, qui porte avec sa frêle silhouette toute l’humanité souffrante et tout l’espoir du monde.

Le scénario est bien construit, même si quelques ellipses sont un peu faciles, voire miraculeuses. Certains éléments du film rappellent fortement Roja, tout d’abord dans le face à face entre le terroriste et le soldat pacifiste, un dialogue à la fois courageux et vain, tous les deux étant trop aveuglés par leurs convictions pour écouter celles de l’autre. Ensuite, lorsque Aaman est en danger, Adaa va se démener auprès de l’armée et des hommes politiques pour les faire réagir, mais aussi pour faire passer le message de toute une population qui n’en peut plus.

Mais Yahaan s’inscrit bien dans les années 2000, dans l’importance donnée aux médias, dans l’indépendance de cette jeune fille qui revendique le droit de vivre sa vie malgré un environnement hostile, fait preuve d’une lucidité exemplaire et ne pleure pas.

On peut saluer le talent du réalisateur Shoojit Sircar dont c’est le premier long métrage après s’être fait un nom comme réalisateur de films publicitaires. Sans faire dans le spectaculaire, il réussit à créer une ambiance particulière et à maintenir la tension d’un bout à l’autre, nous faisant frémir et vibrer jusqu’au dernier moment.

Côté musical, les chansons sont agréables, douces, aucune ne reste vraiment en mémoire mais on peut les écouter en boucle sans se lasser. Elles donnent la possibilité à la romance de s’extérioriser et s’intègrent bien dans le film, sauf Ki le ja peut-être mais il est difficile de le regretter, car cette chanson nous offre une jolie chorégraphie de groupe dans le contexte d’un mariage gai et coloré, une pause chaleureuse bienvenue dans cet univers plutôt sombre.

Yahaan, après un début prometteur, a fait un flop en Inde. Le film est assez éloigné il est vrai de "l’usine à rêves" de Bollywood. Mais il a reçu l’award spécial du jury lors du 7ème Asian’s Cinefan Film Festival à New Delhi en août 2005. Un film à découvrir !

Réalisateur : Shoojit Sircar
Pays : Inde (Hindi)
Année : 2005
Interprètes : Jimmy Shergill, Minissha Lamba, Yashpal Sharma
Scénariste : Shoojit Sircar
Compositeur : Shantanu Moitra et Nizami Bandhu
Parolier : Gulzar et Nizami Bandhu
Producteurs : Sahara One-Motion Pictures et Red Ice Films
Durée : 151 min
Support : DVD, VO sous titré anglais



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