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Ayurveda, aux origines du bien-être, l’Inde ancienne


LangueFrançais
GenreDocumentaire
RéalisateurPeter Bardehle
Dir. PhotoWolfgang Thaler
Durée43 mn
La critique de Fantastikindia

Par Musidora - le 13 septembre 2016

Note :
(7/10)

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Ah ! l’ayurveda… en voilà une notion aux sonorités « exotiques », connue, mais dont on parle peu, et qui a dernièrement piqué ma curiosité. Comment faire un premier pas, établir un lien et acquérir des connaissances au sujet de ce terme dont je ne sais strictement rien ? Avant de me lancer dans de nombreuses lectures, c’est à mon ami Google que je décide de m’adresser. Et là, bam ! apparaît sur mon écran, le documentaire Ayurveda, aux origines du bien-être, l’Inde ancienne, réalisé par Peter Bardehle et diffusé sur ARTE.

Le documentaire se propose de nous révéler les origines du bien-être, dont certaines ont été découvertes dans le cadre de fouilles archéologiques réalisées ces dernières années dans le nord de l’Inde.

Le film s’ouvre sur une reconstitution historique — peu convaincante, porteuse de clichés et dépourvue de références explicites sérieuses — nous plongeant 2000 ans avant notre ère, sur les bords de l’Indus. Un guérisseur (au nom bien choisi de « Lumière de la communauté ») et son disciple conservent et usent de plantes médicinales précieuses. Parmi les soins prodigués, le shirodhara — consistant à verser un liquide en continu sur le front du patient —, dont la pratique est toujours d’actualité.

Selon la doctrine ayurvédique « chaque être humain est un cosmos en miniature, constitué des éléments de la nature. » Le vent et l’air détermineraient la nature d’un être ainsi que sa prédisposition à certaines maladies. Le feu transformerait la nourriture en énergie et créerait des impulsions. L’eau, quant à elle, serait un élément vital qui caractériserait le changement.

Avant d’énoncer un diagnostic, le médecin/guérisseur établit l’équilibre de son patient selon ses doshas [1]. Ainsi, nous suivons — un court instant — Nadine et Sharon dans leurs soins. La première est une jeune allemande venue se ressourcer afin de fuir le stress destructeur du quotidien. Atteinte de troubles de l’audition son séjour en Inde est son dernier recours. Son but ? Rééquilibrer ses forces. Sharon, elle, souffre de psoriasis. Point de séances de shirodhara pour vaincre ce mal, mais plutôt un recouvrement corporel réalisé avec de la terre de termitière. Après un long moment passé à sécher au soleil, cette patiente se voit offrir un bain de lait et de plantes médicinales. Lait qui serait un excellent anti-âge, particulièrement bon pour le teint.

« Celui qui prend soin de son corps vit plus longtemps.
De ce principe est né l’ayurveda, il y a près de 4000 ans. »

L’ayurveda est considérée comme la « théorie de la longévité », c’est la médecine indienne par excellence. Elle aurait vu le jour grâce à la civilisation de l’Indus. On dit que seuls les êtres sages et vénérables avaient la chance d’en détenir le savoir, qui leur avait été transmis oralement — et au préalable — par leurs maîtres. L’archéologue américain Mark Kenoyer, que l’on accompagne, s’intéresse de près à ce site devenu lieu de fouilles archéologiques ; afin d’en déceler les secrets. Il a comme partenaire, un confrère indien, dont l’angle de recherches diffère du sien. En effet, ce dernier se penche sur les activités commerciales de la région, alors que Kenoyer se préoccupe de la médecine et des soins. Très vite est découvert un système d’égouts et d’anciens bains publics, preuve que l’hygiène était une priorité pour les membres de cette société méconnue. Parmi les trésors sortis de terre, de beaux miroirs en cuivre faisant partie du mobilier funéraire. Présents dans la plupart des tombes de femmes de l’Indus, ces objets étaient à priori pour elles le seul moyen d’y contempler le reflet de leur âme.

Lorsque la civilisation de l’Indus est menacée de disparition, l’ayurveda elle-même est en proie au même sort. Or, en l’an 300 avant notre ère, un médecin militaire empêche la dissolution de cette science. Contrairement à ses prédécesseurs, il décide de tout consigner par écrit. Ses textes (remèdes, interventions médicales, inspirations philosophiques) sont rédigés en sanskrit, sur des feuilles de palmiers. Il découvre notamment que cent-sept points sur le corps sont plus sensibles et vulnérables que d’autres, une pression sur certains d’entre eux mèneraient même à la mort. Il s’agit des « points marmas » : « [Ce] sont des centres vitaux et énergétiques. Des points de jonctions et de croisements de vaisseaux sanguins, de nerfs, d’organes. »

Étant donné le grand pouvoir que leur confère cette science, les guérisseurs étaient souvent considérés comme des sorciers. Lors de la colonisation britannique, ils furent nombreux à être emprisonnés afin que la médecine occidentale s’impose en Inde. Malgré cela, elle y survivra et reprendra ses droits.

Bien qu’aujourd’hui il ne reste plus que des copies des originaux, ces récits sont toujours appris et appliqués. Dans les régions marécageuses du sud de l’Inde est enseignée une forme particulière de l’ayurveda : « la marma théraphie ».

Les Occidentaux s’avèrent être relativement ignorants quant à l’ayurveda et ses principes. Depuis peu, des chercheurs tenteraient pourtant d’en observer les bienfaits. C’est le cas notamment en Allemagne, avec des études concernant le taux de cortisol. La pratique du yoga, durant au moins trois mois, aiderait-elle à diminuer le stress chez un individu ? Si oui, pourquoi ? Comment le stress se manifeste-t-il et s’élimine-t-il ? Pour répondre à ces interrogations, des tests de résistance au froid sont appliqués sur deux échantillons de volontaires : l’un composé d’adeptes du yoga, l’autre de non-initiés. Les premières analyses montrent que les yogistes obtiennent de meilleurs résultats en termes de performances cardio-vasculaires.

La médecine dite traditionnelle se focalise généralement sur la partie du corps « souffrante », or l’ayurveda prend en compte et traite l’intégralité du corps. Les théories indiennes sont en vogue dans le monde entier, nombreux sont les Occidentaux qui vont en Inde afin d’y faire une cure. On y dit d’ailleurs qu’on « ramène à la vie toutes les âmes européennes qui sont mortes. » Ce propos trouve écho dans le choix des patientes interrogées dans ce documentaire, qui ne sont autres qu’occidentales. Comme si, effectivement, il s’agissait d’un « attrape-touristes » participant à l’économie et au tourisme du pays. C’est peut-être cette notion de « dernier recours » qui entache la réputation de l’ayurveda. Un ultime recours qui, là où la médecine occidentale aurait échoué, sonnerait déjà comme « vain » avant même de l’avoir essayé. Il aurait été souhaitable et appréciable que le téléspectateur ait accès, par l’intermédiaire de cette production, à une multitude de témoignages — peu importe leurs origines — contant les bienfaits et les résultats concrets ressentis par chaque soigné. Ainsi, la légitimité de cette science médicale aurait été honorée.

Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est la précision et la douceur dont font preuve les guérisseurs au cours de leurs soins. Jaillit une sensation de cocon cotonneux et délicat, dans lequel le soigné vivrait une sorte de résurrection, grâce à une maîtrise minutieuse des massages, des plantes et de leurs effets.

Malgré les résultats probants obtenus par l’ayurveda, rares sont les pharmacologues qui se lancent dans des études sur le sujet. Cela s’explique (entre autres) par le manque de soutien des groupes pharmaceutiques, préférant vendre leurs propres compositions brevetées et lucratives. Cependant, l’un d’entre eux, en Allemagne, teste actuellement un traitement contre l’arthrite à base d’encens. S’il s’avère probant, il s’agira là d’un tournant sérieux concernant la médecine ayurvédique. Un autre problème conséquent se posera alors : la préservation des écosystèmes, durement braconnés afin d’assurer l’existence de cette science.

Le documentaire de Peter Bardehle se révèle être une initiation à l’ayurveda, interrogeant à la fois l’histoire, la médecine et la recherche — occidentales comme indiennes. Toutefois, il mérite bien évidemment des approfondissements et des éclairages que le format audiovisuel ne permet pas.
En effet, le documentaire manque cruellement de références claires et concrètes pour le téléspectateur, d’images d’archives et de points de vue. Il ne s’agit là que de premiers pas, survolant certaines bases de l’ayurveda sans trop les creuser. J’y vois donc une invitation à d’autres lectures et d’autres visionnages, pour plus d’explications et de fond concernant cette science bien trop méconnue.

Et vous, vous laisseriez-vous tenter ? À moins que vous ne soyez déjà conquis(es) !


[1Humeurs biologiques, au nombre de trois.

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